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Dans son sens caché, comme dans son sens littéral,
l'évangile de Jean (Jean-Baptiste) nous révèle un étonnant précurseur. Et voilà
qu'à travers son texte s'ébauche le Jésus qui doit venir pour sauver le monde.
Un Homme se dresse sur la croix. L'évangéliste le
dit "Fils de Dieu".
Ce "Fils de Dieu", est-ce la communauté
sainte rénovée par l'enseignement du Baptiste? à Qoumrân? Est-ce un membre élu
de cette communauté?
Cette communauté de disciples qui proclame la
toute puissance de sa foi, qui refuse les idoles et les lois romaines au risque
du sacrifice inévitable, est-elle le sauveur annoncé par les prophètes? Ce
messie qui doit venir est-il un membre de cette communauté qui s'apprête à
monter sur la croix comme l'agneau... comme l'agneau qui doit ouvrir à
l'humanité la porte du ciel?
Pourquoi Jean-Baptiste a-t-il été décapité et non
crucifié comme l'exigeait la loi de Rome? Salomé qui dansa sa valse hésitation
devant Hérode ne serait-elle pas l'ancien salut de Yahwé dont se réclamait les
communautés juives revenues de l'exil de Babylone? Pourquoi la tête du Prophète
fut-elle présentée à la pro-romaine Hérodiade sur un plat d'argent?
Et voilà qu'une communauté des bords du lac de
Tibériade reprend le flambeau tombé à terre. C'est cette communauté - ses
_uvres témoignent en sa faveur - c'est celle-là qui va tenter de construire le
royaume de Dieu. L'évangile de Marc est un immense effort pour évangéliser les
rives du lac de Galilée. La parole de Dieu se répand même jusqu'à Jérusalem.
Mais l'échec subi devant Nazareth marque la fin de cette tentative ambitieuse
de réforme et il ne reste plus au Fils de l'Homme qu'à mourir sur la croix à la
face de son Dieu.
Trois ans après, la grande communauté essénienne
récupère le mouvement populaire. C'est l'évangile de Luc. Luc se souvient. Il rappelle
le grand combat et le sacrifice des martyrs. Mais, recherchant la conciliation
avec le pouvoir en place, il tempère les critiques. Le calme succède à la
tempête. La nouvelle voie étend son influence jusqu'à Antioche. Son succès
dépasse toutes les espérances.
La crise éclate en l'an 48. Elle était prévisible.
Forte de son nouveau pouvoir, la nouvelle église se dresse à Jérusalem avec une
violence sans pareille contre les Pharisiens et les Sadducéens rassemblés pour
la première fois dans le même sac de l'opprobe, ainsi que contre les villes qui
ne se sont pas converties. Conséquence inévitable, la répression s'abat sur les
communautés saintes. Jésus qui vit dans l'esprit des disciples monte de nouveau
sur la croix; et pour la première fois, l'historien juif Flavius Josèphe
confirme que cette crucifixion a bien eu lieu.
Oui, pour comprendre, il suffisait de remettre
dans l'ordre les éléments de cette tragique odyssée qui nous est parvenue comme
un puzzle dans son écriture cachée. Il fallait percer le vrai sens de certains
récits qu'on a placés un peu vite sur les rayons poussiéreux des textes
apocryphes. Mais il fallait surtout se remettre dans la tournure d'esprit de
ces hommes qui, voilà bientôt deux mille ans, ont écrit cette Histoire avec
leurs espoirs, leurs larmes et leur sang.
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