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(reproduction autorisée, même partielle)
Suite à la lettre de Bourgogne n°1003 du Président du conseil régional: «Où
est Bibracte?»
Dans un État populaire
(démocratique), écrivait Montesquieu, il faut un ressort de plus, qui est la
VERTU.
Que les citoyens français se
soient interrogés sur le grand secret de leur ancien Président, ainsi que sur
le petit, est dans la logique de nos principes républicains. Conséquence du
contrat moral par lequel le "prince" se lie aux citoyens, il importe,
en effet, que la clarté soit faite sur tout ce qui peut paraître obscur.
Mais dans la folie médiatique qui
s'est emparée de la Presse à la suite de la divulgation de ces deux secrets, il
est étonnant qu'aucun journaliste ne se soit vraiment attaché à comprendre les
véritables raisons qui ont amené François Mitterrand à ne pas se faire enterrer
sur le site du Mont-Beuvray comme il l'avait prévu.
S'il est un lieu magique au
centre de l'hexagone national français, c'est bien ce Morvan montagneux aux
ténébreuses forêts de hêtres, et dominant ce Morvan, l'imposante hauteur du
Mont-Beuvray. L'eau qui s'écoule de ses pentes transportait, jadis, jusqu'à Paris,
le bois d'¦uvre et de chauffe; et le lait de ses nourrices apportait aux
enfants délicats de la capitale la vigueur d'une nature intacte.
L'industrialisation sauvage l'a
oublié. Les grandes voies de communication s'en sont écartées. Bien que se dépeuplant
progressivement, le Morvan est resté tel qu'il fut: un vestige archéologique
vivant. Dans cette autre forêt de Brocéliande, de mystérieuses légendes hantent
les sous-bois, les pierres branlantes et les rivières à truites.
Député de la Nièvre, François
Mitterrand s'est laissé prendre au charme de cette région qui lui parlait si
bien d'Histoire et de Mort, se recueillant dans cette atmosphère si
particulière où le silence métaphysique pénètre tout jusqu'à l'esprit. Dans le
cadre de la fenêtre de sa chambre du "Vieux Morvan", c'est le
Mont-Beuvray qu'il voyait renaître dans la clarté du jour.
François Mitterrand n'est pas
resté dans la religion de ses pères. Il s'est échappé dans les ciels tourmentés
de la politique et des peintres romantiques tout en s'accrochant à une
espérance d'éternité qu'il croyait découvrir dans les forces de la nature ou
dans le mystère des pyramides.
Bref, s'il est une chose qu'on ne
peut pas reprocher à François Mitterrand, c'est son attachement au Morvan. Ce
n'est un secret pour personne; l'homme aimait la nature, la culture,
l'histoire, et en particulier l'archéologie car c'est la science de la
recherche des origines.
Que l'ancien Président ait rédigé
un texte de circonstance prévoyant ses funérailles à Jarnac, c'est ce qu'on
appelle, en politique, de l'opportunité, liée au souci de toujours prévoir
plusieurs portes de sortie. Mais qu'on ne nous raconte pas d'histoires! C'est
au Mont-Beuvray que François Mitterrand voulait se faire enterrer - toutes ses
déclarations le confirment - et il faut bien se dire que c'est au Mont-Beuvray
que ses cendres seront ramenées, un jour ou l'autre, en grande pompe, à
l'exemple de ce que notre passé a connu, autrefois, pour des personnages
importants.
Il y a, dans cette affaire, un
secret, un troisième et douloureux secret. Alors qu'il avait décidé de se faire
inhumer sur ce site, pourquoi diable Francois Mitterrand a-t-il brusquement
changé d'avis? Pourquoi a-t-il choisi de s'exiler à Jarnac?
Tout a commencé le 16 octobre
1979, lorsque le Directeur des Antiquités historiques de Bourgogne a annoncé
qu'il était question de sortir de l'oubli l'illustre site de Bibracte.
Oppidum de beaucoup le plus
important et le plus riche du peuple éduen, selon César, Bibracte est une des
rares forteresses gauloises à avoir été citées par le Grec Strabon. C'est sur
ce haut lieu que Vercingétorix rassembla, pour la première fois de notre
Histoire, les différents peuples de la Gaule face à César, avant la bataille
d'Alésia. Au Ier siècle avant J.C., les Eduens de Bourgogne avaient la
prédominance en Gaule.
Le souvenir de Bibracte s'est
perdu au fil du temps. L'esprit conditionné par les auteurs latins, nous nous
sommes appelés d'un nom qui n'a jamais existé "Gallo-romain" et on
nous a appris sur les bancs des écoles à mépriser la barbarie
"païenne" de nos pères.
Les choses vont bouger au Second
Empire; on veut savoir, on veut comprendre. Napoléon III soutient les
érudits. Sur le site d'Alise-Sainte-Reine, on dresse la statue de
Vercingétorix, une statue dont le visage ressemble étrangement à celui de
l'Empereur. Les touristes affluent.
Au Mont-Beuvray, deux membres de
la société éduenne d'Autun mettent à jour, sur la hauteur, les vestiges d'une
ville gauloise. Ils croient y voir Bibracte - tragique erreur -. Déchelette, un
des pères de l'archéologie francaise, y identifie pourtant des poteries
boïennes semblables à celles retrouvées sur l'oppidum boïen de Stradonice, en
Bohême. En toute logique, il aurait dû faire le rapprochement avec Gorgobina,
cet oppidum inconnu où César installa les Boïens après la bataille qu'il
remporta sur eux et sur les Helvètes, dans le pays éduen. Hélas, Déchelette ne
s'est pas posé de questions tant il était persuadé de se trouver sur le site de
Bibracte. S'il avait fait le rapprochement qui s'imposait, il aurait pu
rectifier le tir. Après avoir placé Gorgobina au Mont-Beuvray, il aurait
cherché Bibracte ailleurs et il l'aurait trouvée (très probablement) au centre
de la Bourgogne du Sud, dans le village médiéval du Mont-Saint-Vincent. Et il
aurait peut-être également compris que Gorgobina/Mont-Beuvray fut, avant que
les Boïens ne s'y installent, la tête de pont des Germains d'Arioviste quand
ceux-ci tentèrent de conquérir la Gaule. Oppidum arverne à l'origine (Gorgobina
ou Gergovina, la petite Gergovie), le Mont-Beuvray se dressait au centre de la
Gaule celtique comme une montagne de Jupiter, autrement dit l'olympe, la
montagne des dieux.
Auteur d'un manuel d'archéologie,
remarquable pour l'époque, Déchelette est mort au champ d'honneur, en 1914, sur
les champs de bataille de l'Aisne. Il n'a pas eu le temps d'approfondir sa
réflexion.
Le 25/11/80, le dossier du
Mont-Beuvray est soumis à la réflexion de François Mitterrand.
Le 18/9/85, le Président fait sa
première grande visite officielle au site, entouré de nombreux ministres dont
celui de la Culture, Jack Lang. M. Pierre Joxe est présent. Le Mont-Beuvray est
déclaré "site national". Sur la plaque commémorative, on inscrit la
phrase suivante: «Ici s'est faite l'union des chefs gaulois autour de
Vercingétorix,»... tragique erreur! A l'issue de son allocution dans laquelle
il appelle les Français à la cohésion nationale, François Mitterrand se
recueille face à la grande plaine de l'Histoire comme il aimait le faire depuis
la roche de Solutré.
On rêve. On affirme que les
fouilles laissent augurer de très importantes découvertes. On s'engage devant
l'opinion à la tenir au courant avec la plus grande célérité et sans
restriction aucune.
A Autun, on déclare: «Le Mont
Beuvray sera peut-être le plus grand site de l'Occident.»
Le 22/11/90, la presse annonce
que le Président de la République a décidé la construction sur l'oppidum d'un
centre archéologique européen, d'un musée de la civilisation celtique et
l'aménagement de ce site de 135 hectares.
Site national, chantier-école
international, drainant chaque année la fine fleur de l'archéologie nationale
et européenne, outil de rêve pour l'archéologue, le Beuvray reçoit chaque année
un budget de 3 millions à 3, 5 millions de francs. Le chantier engloutit
l'équivalent du budget annuel d'une direction archéologique telle que celle du
Centre.
Mais les fouilleurs bénévoles se
découragent vite de ne rien trouver de concluant. A Paris, on s'impatiente. A
la Cour des comptes, on ne se pose pas de questions.
Après la visite d'Emile Biasini,
secrétaire d'Etat aux grands travaux, le coût total du projet est estimé à 200
millions dont 80% pris en charge par l'Etat.
Le 1/3/93, après plusieurs
tentatives malheureuses pour se faire entendre, Emile Mourey envoie son premier
ouvrage au Ministre de la Culture (Sous-direction de l'Archéologie), ouvrage
dans lequel il explique et prouve que Bibracte ne s'est jamais trouvée au
Mont-Beuvray. Cette Sous-direction lui répond que son volume entrera à la
bibliothèque de ce service et l'informe que sa lettre du 6 juin 1991 a bien été
transmise aux autorités administratives et scientifiques compétentes.
Professeur au collège de France,
titulaire de la chaire des Antiquités Nationales, Christian Goudineau est
l'auteur de nombreux articles et de plusieurs ouvrages sur la Gaule. Dans son
livre "Bibracte et les Eduens, à la recherche d'un peuple gaulois", il reprend, tout en la développant, la
thèse de Bibracte au Mont-Beuvray, donnant au lecteur une image de la Gaule
inexacte, image qui est à l'origine de la plus grande erreur qu'une nation ait
pu commettre concernant les origines de son histoire.
Le 4 avril 1995, François
Mitterrand, Président de la République Française, inaugure sur la hauteur du
Mont-Beuvray considérée comme le site de Bibracte, le dernier de ses grands
travaux: le Centre Archéologique Européen avec son musée consacré aux Celtes. La
construction de ce centre, dont l'ambition est de montrer aux touristes la
grandeur de la civilisation protohistorique et celtique qui rayonna sur toute
l'Europe avant la conquête de la Gaule par les Romains de Jules César, devait
marquer le point culminant d'un projet de grande envergure au bénéfice d'une
archéologie française en quête de reconnaissance nationale et internationale.
La veille de cette visite,
enfoncé dans ses certitudes, le Président du conseil général de la Nièvre
reprochait au Président du conseil régional ses réserves pourtant fondées (le
premier ne savait pas; le second savait).
Le jour de l'inauguration, à
l'étonnement des journalistes, il n'y eut aucun discours, ni du Président de la
République, ni du Ministre de la Culture (tous les deux savaient, mais dans
cette période de cohabitation tranquille, les fleurets étaient mouchetés).
Le 15/5/95, le Président de la
République accorde au Monde une interview (édition du 29 août), dans lequel il met en exergue
l'importance de l'Histoire, véritable culture de l'homme politique, mais il
rejette sur l'historien la responsabilité de l'interprétation... étonnant
testament.
Le 18/8/95, l'Evénement du Jeudi révèle que François Mitterrand (en
réalité Madame Mitterrand) a acheté une parcelle d'un are sur le site classé.
Les articles pleuvent. Le
sénateur-maire de Château-Chinon dément. L'Evénement du Jeudi l'accuse et porte plainte à son encontre.
M. François Mitterrand a bien acheté la parcelle le 5/5/95 (enregistrement le
17), bien que sa signature n'apparaisse pas sur les documents montrés par la
presse (on affirme qu'il a signé).
Il apparaît que cet achat est
entaché d'irrégularités. Les touristes se rendent sur le Mont-Beuvray pour voir
le futur lieu d'inhumation. Une association se crée pour racheter la parcelle.
Le journal Libération en rajoute. On se croirait au cinéma.
Dans l'édition de Paris Match du 28 septembre, Madame Danielle
Mitterrand explique pourquoi, elle et son mari, ont décidé de se faire enterrer
sur le Mont-Beuvray. Elle insiste sur le fait qu'ils n'ont pas pris cette
décision par rapport à l'histoire du site mais en raison de la tranquillité du
lieu, de la proximité de Château-Chinon et de l'école où son père a enseigné. Elle
ne prononcera pas une seule fois le mot de Bibracte.
Le 25/10/95, le Journal de
Saône-et-Loire
révèle que François Mitterrand a confié au sénateur-maire de Château-Chinon que
s'il ne pouvait pas se faire enterrer au Mont-Beuvray, il envisageait de porter
son choix sur Latché, où de faire répandre ses cendres sur le site gaulois.
Le 18/1/96, Paris Match - qui
n'a rien compris - annonce le décès du Président de la République en
présentant le Mont-Beuvray comme le lieu d'inhumation choisi.
Dans sa Lettre de Bourgogne
n° 1001 du 23/1/96, le Président du conseil
régional de Bourgogne essaie de reconstituer l'histoire de ce projet funéraire
qui n'a pas abouti. Il s'interroge sur la façon dont on a égaré l'opinion dans
cette affaire (c'est-à-dire sur la façon dont on ment au peuple français). Quant
aux responsables régionaux de la Culture et de l'Archéologie, pourtant dûment
prévenus, ils poursuivent aveuglément leur démarche absurde aux frais du
contribuable sur les faux sites de Bibracte et de Gergovie et laissent la
presse et la télévision s'enfoncer dans l'erreur au mépris de toute
déontologie.
En avril 96, la publication
numéro 20 des éditions Errance "L'archéologue, archéologie nouvelle"
annonce la démission de M. Christian Goudineau de son poste de Président du
comité de la recherche archéologique (en coupant dans ses crédits, le Ministre
de la Culture l'a poussé à la démission).
Le 10/4/96, à l'issue d'une
conférence qui s'est tenue au musée de la civilisation romaine de Lyon, sur le
sujet suivant "Les derniers temps de l'indépendance gauloise", à la
question qui lui est posée "où est Bibracte? où est Gergovie? où est
Alésia?", il répond que "ce n'est pas le sujet de ce soir", mais
il reconnaît qu'il y a lieu de reprendre l'étude des textes antiques.
Dans son exposé du 14/9/96 à
l'émission "Archéologiques" de France Culture, Michel Reddé fixe le
nouveau cadre de la recherche archéologique tout en ne souhaitant pas un virage
à 180 degrés. A aucun moment, il n'évoque le Centre archéologique européen.
Sur le site morvandiau, le jeune
et brillant archéologue Vincent Guichard, connu pour ses fouilles en Auvergne,
a remplacé Jean-Loup Flouest au poste de responsable de la Recherche. De son
côté, FR3 Bourgogne continue à proclamer haut et fort que le Mont-Beuvray est
le site de Bibracte (émission du 4/10/96 à 13h20).
Le 6 février 1996, dans sa Lettre n° 1003, le Président du conseil régional de
Bourgogne avait pourtant posé la seule question qui vaille et que tous les journalistes
intelligents auraient dû se poser depuis déjà longtemps:
Puisque M. le Sous-directeur de
l'Archéologie et MM. les Directeurs des D.R.A.C. ont décidé de rester
silencieux, puisque l'équipe scientifique du Mont-Beuvray, qui s'est engagée
pourtant à informer l'opinion, ne répond plus, répondez-nous, M. Vincent
Guichard!
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