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Sur le site du Centre International d'Études Romanes, Patricia Chadan attire l'attention sur l'importance
des travaux de restauration en cours : « L'église
abbatiale Saint-Philibert de Tournus est un monument majeur de la Bourgogne
romane. La présence des célèbres reliques (des martyrs Valérien et
Philibert) justifia un programme de construction ambitieux, dès les
premières années du Xlème siècle.
Nombre d'hypothèses furent soulevées depuis
la fin du XIX° siècle, concernant la datation de l'édifice. L'on s'attache
aujourd'hui à considérer l'église actuelle comme postérieure à l'incendie de
1007-1008 relaté par la chronique du moine Falcon à la fin du XI°siècle. »
L'église Saint-Philibert, tous les
Bourguignons la connaissent. Joyau de notre patrimoine, elle est le monument
touristique par excellence qui invite les touristes du monde entier à faire
étape à Tournus.
Cette église recèle encore quelques mystères,
notamment celui-ci. Sur l'une de ses arcades, dite "arcade de Gerlannus",
figure un mystérieux texte gravé dans la pierre qui n'a pu être déchiffré à ce
jour; cela fait donc depuis environ mille ans.
Constatons tout d'abord qu'il ne s'agit pas là
d'un simple graffiti. Les lettres, en majuscules romaines, bien formées, sont
l'œuvre d'un sculpteur de métier. En outre, cette façon d'inverser le S, de
lier des lettres entre elles dans un jambage commun - les deux N, le deuxième N
et le V de Gerlannus (le V latin se lit U) - est tout à fait dans l'esprit
volontairement énigmatique d'autres inscriptions que l'on trouve dans les
églises romanes parmi les plus anciennes. Tout cela pour dire que ce n'est, ni
par manque de place, ni par paresse, que le sculpteur a gravé les mots sans
laisser d'espace entre eux, mais pour nous obliger à un effort ésotérique de
déchiffrement.
Constatons ensuite que même en essayant, par
tâtonnement, de rétablir des espaces, il est impossible de retrouver quelque
chose qui ressemblerait à une phrase ou à des mots intelligibles.
A moins que...
A la quatrième ligne, nous lisons ILE.
Orthographié ainsi, le mot n'existe pas dans la langue latine. Mais si nous
ajoutons un L, nous obtenons le pronom démonstratif ILLE bien connu des
latinistes qui se traduit par CELA, de même que ISTE. Mais contrairement à ISTE
qui a un sens péjoratif, le sens de ILLE est emphatique ou laudatif.
Conclusion : le sculpteur a supprimé des lettres de son texte pour
compliquer l'énigme.
Dès lors que nous avons trouvé la clef du
cryptage, nous extrayons de la troisième ligne les trois lettres EPI en faisant
l'hypothèse qu'il s'agit du mot EPI(SCOPUS) qui signifie EVÊQUE. Il nous reste
en fin de ligne VME, mot qui ne correspond à rien sauf... s'il s'agit d'une
abréviation : V. ME.. Or, il est courant dans les antiques dédicaces
d'offrandes que le donateur termine son texte par les abréviations V(OTUM)
ME(RITO), ce que l'on pourrait traduire littéralement par VŒU, RECONNAISSANCE.
Toujours sur la troisième ligne, nous extrayons
sans problème avant EPI, la conjonction de coordination ET que notre langue
française a conservée telle quelle. Reste le N en début de ligne. Nous le
rattachons à la ligne précédente d'où nous tirons le mot OMON - qui ne veut
rien dire - sauf si on le précède de la lettre H, ce qui nous donne HOMO,
homme, le N de fin de mot pouvant s'expliquer par l'existence d'une forme
archaïque du mot courant (homonis).
Reste maintenant le plus ardu : XRATEISI.
Manifestement le X est un signe symbolique, voire cabalistique. Tel qu'on peut
le voir dans l'église de Mont-Saint-Vincent, il figure dans le chrisme de
l'empereur Constantin, encadré de l'Alpha et de l'Oméga et traversé par le P de
la Pax (la paix toujours espérée et pas toujours au rendez-vous). De RATEISI,
nous tirons RAT(ION)E ISIS. Nous traduisons l'expression RATIONE ISIS
HOMO, par homme ou disciple de la philosophie, ou doctrine, d'Isis.
La déesse Isis est l'antique déesse qui, dans la
mythologie égyptienne, a apporté au monde, pour la première fois semble-t-il,
le formidable espoir de la résurrection. La doctrine a perduré pendant des
siècles, même après J.C.. Des philosophes ont débattu sur le sujet, et cela au
risque de l'hérésie. Notre homme serait-il un évêque hérétique dont l'Eglise
n'aurait pas retenu le nom ? Aucun texte ne mentionne un évêque Gerlannus,
seulement un évêque Gerland. Mais dans ce cas, c'est Gerlandus que le sculpteur
aurait dû écrire et non Gerlannus.
Réexaminons avec soin les lettres telles qu'elles
ont été sculptées. Comme nous l'avons dit, le deuxième N et le V de Gerlannus
semblent avoir un jambage confondu, mais est-ce vraiment sûr ? Et si au
lieu de NV, le sculpteur avait voulu écrire DV en confondant la courbure du D
avec le premier jambage du V. Et en effet, il semble bien que la base du D
existe, même si elle est un peu ébréchée. On m'objectera qu'il a fallu
sérieusement pencher le D pour pouvoir l'accoler au V; je ne pense pas qu'un tel
scrupule ait habité l'esprit du sculpteur, bien au contraire.
Il y a toutefois un problème. Les historiens
chalonnais connaissent assez bien les évêques qui se sont succédés dans le
diocèse de Chalon-sur-Saône - Tournus dépendait d'eux. Il n'y a pas d'évêque
Gerlandus. Le seul évêque portant ce nom l'était en Sicile. L'Eglise
en a fait un saint.
Voici ce que Monseigneur Paul Guérin a écrit, il y
a deux siècles, dans sa vie des saints, en résumé : « Gerland
appartenait par sa famille à la nation des Allobroges. Il naquit à Besançon au
commencement du XI ème siècle de parents distingués par leur fortune et leur
piété. En 1086, il suit en Sicile des comtes normands de sa parenté pour y
exercer des fonctions sacerdotales. Il revient en Bourgogne avec la résolution
de vivre dans la solitude. Mais sur l'insistance des comtes, il retourne en
Sicile où le Pape le nomme évêque de l'église d'Agrigente. Pendant plus de six
ans, il s'attacha à relever la cité de ses ruines (une nouvelle église, un
palais épiscopal) tout en prodiguant la charité. » Et Mgr Guérin ajoute
que pour écarter les tracas matériels, il demanda aux comtes normands que
soient précisées par diplôme les limites de sa juridiction.
Pour celui qui sait lire entre les lignes, la
vérité historique saute aux yeux. Soutenu par le Pape, l'habile évêque a évincé
les comtes de son territoire. Si l'on se rappelle que la Sicile était jadis le
grenier à blé de Rome, qu'Agrigente était une des plus fastueuses villes du
pays, une première conclusion s'impose : le saint évêque Gerland, alias
Gerlandus, était riche, très riche. Sachant, comme Mgr Guérin l'écrit, qu'il
voulut, un temps, se retirer en Bourgogne - et pourquoi pas au monastère de
Tournus - une deuxième conclusion s'impose : c'est cet évêque qui a
financé la construction de Saint-Philibert de Tournus. Les dates
concordent : saint Gerland, alias Gerlandus, est mort le 25 février 1104.
Nous traduisant ainsi son ex-voto :
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